La vie d’expat’… entre bonheur et désillusions #1

Afin de ne pas rendre cet article trop indigeste et pour ne pas vous décourager non plus (non seulement de le lire mais éventuellement de vous lancer dans l’expatriation), je vais en faire plutôt une série d’articles, avec un thème différent à chaque fois. Parce que je pense, qu’il y a quand même des choses à dire sur ce sujet. Ces articles n’ont pas pour vocation de montrer les différences France-Québec (ça sera éventuellement le sujet d’un prochain article), ni de critiquer le Québec (ou la France), mais bien de parler des difficultés que l’on peut rencontrer en tant qu’expatrié (qui peut être transférable pour n’importe quel pays).  


On lit souvent de belles histoires sur l’expatriation. Des histoires qui nous laissent penser que tout est beau, que tout est facile et qu’il n’y a que des moments de bonheur, ou presque. Un peu comme on pourrait se laisser parfois avoir par la supposée vie rêvée des Youtubeurs/Youtubeuses/Blogueurs/Blogueuses. De la même façon, on peut se laisser avoir par les témoignages des uns et des autres, y compris des miens. Et quand les médias s’y mettent aussi, en faisant croire que le Canada n’attend que les Français, que c’est l’Eldorado et que tout va être simple, ça n’aide pas à voir la vérité en face. Parce que non, tout ne sera pas facile, il ne suffit pas de claquer des doigts pour obtenir un permis de travail comme ils veulent bien vous le faire croire. Même les infirmiers sont sélectionnés de façon assez stricte par les employeurs. Il ne suffit donc plus d’avoir un diplôme mais il faut répondre aux critères que les hôpitaux ont fixés et bien souvent, ça ne convient pas à tout le monde (je ne le répèterais jamais assez). Ils veulent servir leurs intérêts, pas forcément les vôtres. Ils investissent en vous, ils veulent donc être certains que vous réussirez.
Concernant les blogueurs expatriés, bien souvent c’est de façon totalement inconsciente et non calculée, que l’on écrit nos articles (en tout cas pour ma part) et que l’on partage avec vous nos réussites, nos bons moments. On veut simplement partager de belles choses avec les autres, sans penser à ce que le lecteur pourrait interpréter.
Mais il faut savoir que ce que l’on montre, n’est pas forcément l’exact reflet de la réalité, de ce que l’on vit vraiment au quotidien. Il s’agit d’un petit morceau de vie, même pas, de quelques secondes voire quelques minutes tout au plus, d’une journée de 24h
Et parfois, c’est tout le contraire. On peut lire des choses horribles sur la vie à l’étranger. Certains qui n’ont pas réussis à s’intégrer (et vont accuser le pays d’accueil au lieu de se remettre en question), ou d’autres qui s’étaient imaginés des choses bien loin de la réalité. Il faut savoir que tout n’est pas tout blanc ou tout noir, il y a des nuances. Deux personnes avec le même parcours de vie, pourraient vivre une expatriation de façon totalement différente (en fonction des événements qui se présentes). De même que, ça peut être difficile une journée puis revenir à la normale le lendemain. La vie d’expat’ c’est souvent les montagnes russes émotionnelles. Alors soyez vigilants, ne rêvez pas sur la vie des autres, et soyez conscients qu’on vous montre ce qu’on veut bien vous montrer et que tout n’est pas forcément tout beau. Ca peut être difficile voire compliqué de s’expatrier ET de s’adapter dans un nouveau pays (même si d’autres ont réussi, vous pourriez rencontrer, VOUS, des difficultés ou les accepter différemment par rapport à une autre personne qui vivre la même chose).
En fait, les problèmes rencontrés restent relativement les mêmes que vous soyez en France ou au Québec (des difficultés au travail, des relations amicales difficiles, des problèmes dans votre couple ou votre vie de famille, des conflits, des disputes, des voisins insupportable, la maladie etc…), la différence c’est que bien souvent on les vit différemment parce qu’on est seul (même si on part en couple ou en famille, l’éloignement peut nous faire nous sentir seul), loin de nos proches et surtout de nos repères, ces repères que l’on s’est créé depuis notre naissance, et que nous n’avons pas forcément les ressources que nous avions en France. 

Vue de l’extérieur, et c’est normal, la vie d’expatrié au Québec peut sembler merveilleuse. Des couleurs somptueuses en automne, des bordées de neige en hiver, l’éclosion de fleurs au printemps et un été chaud et festif.
Alors oui, la vie est agréable ici, je ne vais pas vous mentir non plus (ni même cracher sur ce magnifique pays aux multiples possibilités qui nous a accueilli) et vous faire croire que c’est horrible et qu’on y vit très mal pour vous faire renoncer à venir. On a une qualité de vie que nous n’avions pas en Corse, c’est indéniable. Les conditions en tant qu’infirmier(e) sont relativement meilleures (je dis relativement parce que la gestion a ses lacunes ici aussi et on vit des choses qu’il serait inconcevables de vivre en France (coucou les TSO et les journées de 16h… par exemple)), on travaille moins et on gagne pourtant plus (quand on a un temps partiel… A temps complet c’est une autre histoire). Mais travailler moins n’a pas que des avantages, ça a également son lot d’inconvénients (l’ancienneté qui augmente moins rapidement et donc on peut se voir passer des postes sous le nez à cause de quelques jours de moins par rapport à qqn d’autre).
Donc, tout n’est pas toujours tout rose. Non. N’oubliez jamais… L’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Ca ne sert à rien d’idéaliser une vie que vous ne connaissez pas encore, au travers de ce que l’on veut bien vous montrer sur les réseaux sociaux et les blogs au travers de photos qu’on sélectionne et de témoignages/articles qu’on choisit d’écrire. Vivre l’expérience peut être bien différente et difficile selon chacun.
Tout ça pour dire, que, l’expatriation apporte également son lot de galères et de désillusions, et il faut s’y préparer.

Sur le plan professionnel – Le travail représente une grande partie de notre quotidien, même avec un 7 ou 8/15, on y passe quand même du temps. La gestion et l’organisation font que ça peut vite devenir lourd, bien que nous ayons moins de patients à charge. On lit d’ailleurs de plus en plus de témoignages d’infirmières (ici, ici et ici. Mais attention, il ne faut pas généraliser non plus, ça ne se passe pas forcément dans tous les hôpitaux comme ça, ni sur tous les départements) qui se plaignent de faire des TSO et des conditions de travail (je vous préviens, les conditions au CHUM, selon les départements, ne sont pas bien bonnes non plus, comme par exemple l’urgence qui a été assez mal pensée). Donc oui, attendez-vous à devoir faire un (ou des) TSO (ça marche par ancienneté, le plus jeune en premier et ensuite il repasse en bas de la liste, ainsi de suite) à un moment ou un autre (peu importe vos obligations : enfants, rendez-vous etc…), selon l’hôpital que vous avez choisi.
Certains  hôpitaux/départements ont des TSO plus fréquents que d’autres, et d’autres les ont complètement banni. Vous n’avez, bien sûr, pas le droit de refuser (= abandon de poste), mais vous pouvez toujours négocier un changement d’horaire avec ça, comme ne pas rentrer le prochain quart de travail prévu
(par exemple : vous travaillez de jour, on vous oblige à rester de soir (donc TSO) et vous rentrez normalement le lendemain de jour. Vous pouvez demander à retirer votre jour de lendemain de TSO).
Ne vous attendez pas non plus à avoir un super horaire dès le début, ça peut arriver oui, mais bien souvent, ce sont les plus ancien(ne)s qui ont le dernier mot. Il y a également des chances qu’au début vous ne puissiez pas forcément choisir le quart de travail que vous voulez (en stage d’intégration par exemple, il est peu fréquent que vous puissiez travailler de nuit).
Tout ça, on le sait un peu avant de partir, mais le vivre réellement au quotidien, ça peut devenir lourd et épuisant moralement, surtout si vous êtes venus au Québec pour en profiter et voyager sur votre temps libre.
De plus, il n’est pas toujours évident de s’adapter à un nouveau mode de fonctionnement, d’organisation sur son lieu de travail. Vous verrez, vous aurez moins de patients à charge, mais parfois, ça vous semblera tout aussi insurmontable que quand vous étiez en France à devoir jongler avec plus de 20 patients. La faute à la paperasse… Cette fichue paperasse… Et certaines lacunes d’organisation.  

Les vacances – Autre aspect un peu négatif d’ici au niveau du boulot, c’est qu’en règle générale, il y a moins de vacances. Dans le privé c’est souvent 2 semaines de vacances payées (avec généralement, une possibilité de prendre du sans solde quand même) et à l’hôpital par exemple, c’est selon le poste occupé et au prorata des jours travaillés sur une année. Si tu bosses à temps complet, tu auras droit à plus de vacances payées que quelqu’un qui bosse à temps partiel. Pour avoir une idée, nous avec un temps partiel 7/15 on s’en tire avec approximativement 3 semaines de vacances payées ( + 2 semaines de sans soldes si on le souhaite). De plus, elles sont attribuées selon l’ancienneté. Tu poses tes vacances d’hiver (d’octobre à mai) au mois de septembre et tes vacances d’été (mai à octobre) en avril. Elles sont d’ailleurs généralement validées assez tard, ce qui est vraiment super (ironie) pour prévoir des choses si tu te retrouves à devoir prendre tes vacances en octobre ou en mai (à cause de l’ancienneté toussa toussa).
Cependant, en collant nos jours de congés (quand tu es sûr de pouvoir le faire et que l’horaire sort assez tôt…), on s’en sort pas trop mal pour partir le plus souvent possible.

Les horaires – Depuis que je suis à Montréal (je ne me rappelle plus pour Québec), je n’ai pratiquement jamais eu un horaire plus de 2 semaines avant la fin de celui en cours (pratique quand tu veux prévoir des trucs, planifier tes voyages, ton retour en France, que tu as des rendez-vous à prendre etc…). C’est une des choses qui me met le plus en rogne ici… On a dû annuler plusieurs projets voyages à cause de ce fichu horaire sorti trop tard et on a dû payer la peau des fesses pour des billets d’avion pris au dernier moment…
Alors pour ceux qui ont des familles et qui vont devoir s’organiser en fonction du travail, ça risque de représenter une difficulté supplémentaire dans la réussite de votre expatriation. 

Soyez prévenus également, vous risquez de passer par plusieurs phases de doute, de questionnement, de remise en question. Mais ça, ça fera l’objet d’un prochain article !

 

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